| L'EQUIPE du 23/03/10 |
| Samedi, 27 Mars 2010 16:02 |
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Depuis une heure. Robert alterne les séances de médecine-bail et de balles envoyés par son coach. Le dialogue est permanent. Il est sans arrêt question de « respiration » et de « sensations ». Toute l'anatomie y passe : épaule, poignet, main, bras, bassin, ventre ! Un peu étrange, mais les frappes de balle sont limpides. Et si on avait tendance à ne pas saisir toute la qualité du travail, les exclamations incessantes du coach sont là pour nous la rappeler : « J'adore ! » Exceptionnellement, ce matin-là, pas d'échauffement dans les carrés de service ; un truc de gonzesse pour cer- tains, une méthode incontournable pour notre duo. En revanche, on assiste à des exercices de frappe de balle de la main gauche... Il y a mieux : travail les yeux fermés ! Robert les ferme dès que Lafaix a envoyé la balle. Et ça marche. Il a perdu un sens, mais tous les autres sont sollicités pour compenser. Gadget ? Impossible de juger de l'extérieur. L'important, c'est l'adhésion du joueur. C'est justement une foi instable en cette méthode qui expliquerait en partie l'accession laborieuse vers le top 100. Éclosion ralentie aussi par des débuts tardifs. « Stéphane était- 2/6 à vingt ans », rappelle Ronan Lafaix. Les deux hommes se découvrent en 2001. Robert vient de gagner le Critérium (2), Lafaix patine à 15-2, passe son brevet d'entraîneur et va frapper à l'académie Bob Brett où Patrick Mouratoglou leur donne leur chance. Un premier titre en 2004, le suivant en 2010... Robert n'est pas un aigle, mais avec son tennis académique et son excellente vision du jeu, il pointe à la 167e place en juillet 2004. Un peu avant, en avril, il a décroché à Houston son premier succès sur le circuit principal. Le second arrivera en janvier... 2010! Quand Stéphane Robert ouvre le livre de sa carrière, il n'en omet pas une page. Gare ! Le café se prolonge au goûter. Pour faire bref, on note deux blocages dans le déroulement du film : « Quand je suis arrivé 167e , j'ai fait une obsession du top 100, raconte-t-il. Puis j'ai changé de raquette et je me suis grillé l'épaule. Perte de confiance totale. » ll faut même faire un break dans la relation avec l'entraîneur. « Stéphane était quand même passé assez vite de - 2/6 à 167e , analyse Lafaix. lln'avait pas digéré. » Les deux hommes se retrouvent en 2006 et Robert est cette fois tout à fait conscient de l'importance de la méthode de son entraîneur. «Je me souviens bien d'une période de travail avec Ronan en décembre 2006 où je sentais enfin le calme de ma respiration. » C'est reparti, quand... patatras ! il contracte l'hépatite A qui l'empêchera de jouer le moindre match de mars 2007 à mai 2008. Une parenthèse de quatorze mois qui, à son âge, aurait dû le pousser à la retraite. « Je n'ai jamais douté que je reviendrais », affirme-t-il. Début 2009, il peut se plier à une vraie préparation physique pour la première fois depuis des lustres. « On était à nouveau dans le bon wagon, raconte Lafaix. Stéphane avait enfin compris qu 'il ne f al- lait plus se fixer des objectifs de résultats mais de travail. » « Auparavant, j'étais un intermittent du spectacle » Là, rien de bien original. À l'automne dernier, il dispute la finale du Challenger d'Orléans après avoir éliminé Jérémy Chardy, son premier « top 50 ». Puis en janvier, l'embellie se précise avec la deuxième victoire sur le circuit principal (à Chennaï) et surtout une filiale à Johannesburg. « Cétait énorme, raconte l'intéressé. Ça m'a fait marrer après coup. » Quel chemin parcouru depuis ses débuts pro I « On me prenait pour un dingue, se souvient-il. Mes modéles, c'était Agassi, Pioline, mais aussi Mutis et Coutelot. Je faisais n'importe quoi. » « Mais il y a un monde entre faire du casino et être créatif», reprend son coach. Robert l'a compris. Il parle désormais de « peaufiner son service et son jeu vers l'avant ». « Auparavant, j'étais un intermittent du spectacle », reconnaît-il. Le chapiteau est installe aujourd'hui à Miami pour son premier tournoi de ce calibre. Premier test face à l'Allemand Beck, qu'il va affronter le cœur léger et les mains libres. Lao Tseu, un des penseurs pré- férés de son coach, recommande de « voyager sans bagages ». Sage précaution à son âge. PASCAL COVILLE (1) Tennis, soyez P.R.O., la méthode pour oser, éditions Amphora. (2) Championnat de France 2e Série. |

Interview:

