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La lettre de J.F. Bachelot
Jeudi, 28 Août 2008 18:32
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Jeff portrait

Quelle aventure que celle que j’ai commencé il y a maintenant quinze mois en Ouzbékistan, le jour où je suis sorti du court après ma défaite d’entrée au premier tournoi de la tournée. J’ai, pour la première fois, raconté à Ronan exactement ce qu’il s’était passé dans mon cœur et dans ma tête pendant ce match. J’ai découvert ce jour précis ce qu’était la sincérité. Je continue aujourd’hui ce travail quotidien et je pense avoir découvert le bien-être à partir de ce jour-là.

     Mais pour en arriver là, je suis passé par beaucoup de moments difficiles, d’illusions déchirantes, de mensonges envers moi-même. Tout cela s’est traduit par un mal-être quasi-permanent qui, je croyais, cessait lorsque les victoires s’enchaînaient. Et bien c’est aujourd’hui que je comprends ce que voulait dire Yannick Noah lorsqu’il a écrit dans son livre qu’il n’était pas heureux quand il gagnait mais qu’il gagnait lorsqu’il était heureux.

     Le quotidien ne nous aide pas à vivre la vie simplement. C’est pour ça que je répète souvent : « c’est compliqué de faire simple ». Mais je me sens bien placé aujourd’hui pour dire que ça vaut vraiment le coup de rentrer dans ce monde de simplicité. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des jours difficiles, beaucoup de gens autour de moi ne me la facilitent pas mais je sais aujourd’hui qui je suis, comment je fonctionne, ce que j’aime et je prends des décisions par rapport à ça qui ne me font jamais douter ou regretter plus tard.

     C’est donc par un travail quotidien avec Ronan et avec moi-même, surtout, que je suis rentré dans un état d’esprit de vivre. Ce n’est pas dévaloriser le travail de Ronan que de dire que c’est surtout grâce au travail avec moi-même que j’ai avancé, pas du tout. Je n’y serais jamais arrivé sans lui mais je n’y serais jamais arrivé si j’avais continué de ne pas prendre mon destin en mains propres. J’avais la mauvaise habitude de faire porter mes erreurs et mes défaites sur d’autres choses que sur moi-même. Et le plus simple, souvent, c’était de la coller à mon coach. Ceci a été notre premier travail : centrer mon attention sur moi-même. A partir de ce moment, j’ai commencé à progresser beaucoup plus vite.

     Ensuite, il était plus facile de travailler sur tous ces points techniques dont Ronan est si passionné. Mais j’y ai vite pris goût également. Cela demande une exigence énorme mais je sais aujourd’hui que les objectifs et les projets sont l’essence même de ma vie quotidienne. Sans cela, je ne vivrais pas aussi intensément.

     Je ne peux pas dire non plus qu’à partir de ce fameux jour du mois d’avril 2006 en Ouzbékistan, je ne me suis plus jamais menti à moi-même. Cela a pris un peu de temps pour que je puisse être en harmonie régulière avec mon cœur mais heureusement Ronan est très patient et nous avons beaucoup parlé.

     Ce qui est incroyable, quand on voit tout ce travail, c’est de me dire que j’ai rangé les raquettes au placard au mois de mars 2007. J’aurais décidé ou j’aurais réussi à être sincère plus tôt dans ma carrière, je suis sûr que je serais encore sur le tour aujourd’hui. Comme je suis persuadé que j’aurais eu un meilleur classement que 134 mondial en simple. Mais j’utilise cette expérience fabuleuse pour faire ce travail aujourd’hui dans ma nouvelle vie. Et quel bonheur d’être en accord avec moi-même. J’ai appris également une chose, c’est que rien n’est jamais acquis. Je me réveille donc tous les matins en me disant comment je peux être un meilleur homme ce soir , dans mon travail comme dans ma vie privée. J’ai alors la sensation d’avancer tous les jours au moins un petit peu.

   Voilà où j’en suis aujourd’hui et j’ai franchement hâte de voir où ce travail et cet état d’esprit vont m’emmener. Qu’est ce que la vie me réserve ? Grâce à tout ça je pense que ça ne peut être que des belles choses ou des belles expériences qui feront que j’appendrais encore plus sur moi-même.

    Je voudrais te remercier, toi Ronan :
             . pour toutes ces belles années
             . pour tout ce travail accompli
             . pour ta sincérité et ta simplicité
             . pour m’avoir pardonné
             . pour ta patience, ton exigence et ta persévérence
             
    Je sais aujourd’hui ce qu’est être vrai et je suis enfin capable de me donner comme je suis, de ne pas faire semblant et de ne pas attendre quoi que ce soit en retour.

    Tu seras à jamais l’ami que je n’aurais jamais imaginé possible il y a  six ans.

                                                               
                                                             Jeff.

 
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